
L’hebdomadaire Vendredi fut lancé en novembre 1935, au moment de la montée du Front populaire, par André Chamson, avec l’appui de Jean Guéhenno et d’Andrée Viollis. Son rédacteur en chef était Louis Martin-Chauffier. Trois ans plus tôt, était lancé le magazine Marianne, par Gallimard, dont certaines plumes ont ensuite collaboré à Vendredi.
André Chamson et Jean Guéhenno. DR
Vendredi comptait Jean Effel et Jean Bruller parmi ses dessinateurs.
Le premier numéro a paru le vendredi 8 novembre 1935, portant notamment les signatures d’André Gide, Jean Cassou, Julien Benda, Jacques Maritain, Jean Giono, André Wurmser et Paul Nizan. Le second numéro vit apparaître les noms d’Édith Thomas et Jean-Richard Bloch à son générique, et les numéros suivants, ceux de Alain, Aragon, Jules Romains, Martin du Gard, Adrienne Monnier, Emmanuel Mounier…
L’indépendance était le maître mot de la fondation de ce journal et, dans un document officiel daté du 15 novembre 1935, le « statut moral » du journal fut fixé ainsi : « La conception qui a dominé la création du journal hebdomadaire Vendredi est la recherche d’une formule propre à garantir son indépendance absolue dans le présent et dans l’avenir à l’égard de tout et de tous. Il est considéré que cette indépendance ne peut être réelle qu’à la condition que soit et demeure pleinement assurée la liberté de conscience professionnelle de ceux qui “font” le journal à l’égard de ceux qui le possèdent ou le posséderont, afin que le journal ne puisse jamais être ou devenir la “chose” d’un homme ou celle d’un groupe ou d’un parti, par l’intermédiaire d’un homme. »
Le succès de Vendredi fut rapide et son tirage dépassa les 100 000 exemplaires dès le 5e numéro. L’hebdomadaire soutint la gauche aux élections du printemps 1936, puis le gouvernement de Léon Blum.
Le but de l’équipe directrice de Vendredi et d’André Chamson en particulier était bien de lutter contre le fascisme et de retrouver le grand élan unitaire de la manifestation du 14 juillet 1935 comme des Assises de la liberté, conçues par toutes les organisations de gauche, partis politiques et organisations syndicales ou humanitaires. Ce rassemblement s’était déroulé au stade Buffalo, le matin du 14 juillet. Dix mille hommes, représentatifs de toutes les régions françaises, étaient venus prêter serment de faire barrage au fascisme. Trois personnalités avaient été mandatées pour rédiger le fameux serment : André Chamson, Jacques Kayser, et Jean Guéhenno. On en connaît la fin : « Nous faisons le serment solennel de rester unis pour désarmer et dissoudre les ligues factieuses, pour défendre et développer les libertés démocratiques et pour assurer la paix humaine. » Avait suivi une manifestation réunissant plusieurs centaines de milliers de personnes. En fin de journée, Léon Blum, Édouard Daladier et Maurice Thorez, côte à côte, avaient repris le serment ; le Front populaire était en marche, tout comme Vendredi qui allait naître, vivre et mourir avec lui.

Photo : site de l’Association André Chamson, page « Biographie »
Entre adhésions immédiates et négociations difficiles, Vendredi put s’enorgueillir de réunir des écrivains français comme Alain, Louis Aragon, Julien Benda, Emmanuel Bove, Jean Cassou, Eugène Dabit, Luc Durtain, Jean Giono, Louis Guilloux, André Gide, Jacques Kayser, Roger Martin du Gard, Adrienne Monnier, Paul Nizan, Charles-Ferdinand Ramuz, Romain Rolland, Jules Romains, Jean Schlumberger, André Ulmann, Charles Vildrac…, mais aussi des auteurs étrangers comme Stefan Zweig, ainsi que des personnalités comme Irène et Frédéric Joliot-Curie, Jacques Langevin, ou encore Darius Milhaud et Jean Lurçat. La plupart des intellectuels de l’époque se firent un devoir et un honneur de participer à cette entreprise.
Après la démission de Blum, l’enthousiasme fut moindre (« On ne défend pas ce qui n’existe plus », écrit Guéhenno, dans le numéro du 13 mai 1938). Le tirage baisse et les difficultés financières commencent. À la fin de 1938, Vendredi change son nom pour Reflets, mais sans succès, et le titre disparaît en décembre 1938.

La une du Vendredi n° 1, le 8 novembre 1935.
Jean Guéhenno se trouvait depuis février 1934 au premier rang des intellectuels mobilisés pour le Front populaire et il avait participé à toutes les manifestations qui en précédèrent l’avènement. Il dirigea Vendredi, conjointement avec André Chamson. « Son programme était simple – écrit-il dans La foi difficile – : servir le Front populaire, éviter ses divisions, maintenir son unité et s’en tenir toujours à la défense de la Charte sur laquelle trois partis politiques s’étaient rassemblés. […] Le journal, tout de suite, avait trouvé des milliers de lecteurs, rencontré une extraordinaire ferveur ».
Bien entendu, Guéhenno écrivit régulièrement dans l’hebdomadaire. Il fut un de ceux qui exprimèrent le mieux cet esprit du Front populaire, fait d’unité, d’espoir en une révolution populaire, sans violence. Il tenta de sauvegarder au maximum ce qui avait fait la force du Rassemblement populaire à ses débuts, son unité. Il soutint Léon Blum dans ses efforts pour sauvegarder la paix intérieure et internationale. Lorsque l’unité politique du Front populaire se dissocia, Guéhenno tira les leçons de cette expérience dans le numéro de Vendredi du 13 mai 1938, date à laquelle l’hebdomadaire renonça à la direction tripartite.
[Sources : Wikipédia + Le Maitron + Micheline Cellier-Gelly, « André Chamson et Vendredi, l’hebdomadaire du Front populaire », dans Hélène Aji, Céline Mansanti et Benoît Tadié (dir.), Revues modernistes, revues engagées (1900-1939), Rennes, Presse universitaires de Rennes, 2011, p. 95-106]



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